CSTAR : un levier pour la souveraineté économique

En choisissant d’investir dans le raffinage local, le Cameroun pose un acte économique et politique fort. Il ne s’agit plus seulement de produire, mais de transformer et de maîtriser la valeur. À travers CSTAR, le pays amorce une rupture avec un modèle économique dépendant. Une dynamique qui redéfinit les contours de sa souveraineté industrielle.

Avril 2, 2026 - 01:51
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CSTAR : un levier pour la souveraineté économique
Maquette du projet CSTAR

Une nation ne construit pas son avenir à partir de ses contraintes, mais à partir de ses ambitions. Le Cameroun semble désormais s’inscrire dans cette logique. Pendant longtemps, les contraintes extérieures, notamment celles liées aux devises, ont servi de justification à une certaine prudence industrielle. Pourtant, aucune économie ne s’est développée en attendant la disparition de ses limites. Les contraintes ne freinent pas l’histoire économique : elles la déclenchent.

Avec la SND30, le Cameroun a posé les bases d’un changement de paradigme : transformer localement ses ressources, structurer une chaîne de valeur complète et capter la richesse là où elle est produite. La création de CSTAR, portée par la SNH en partenariat avec Ariana Energy, le consortium RCG et TRADEX S.A., s’inscrit pleinement dans cette vision.

Mais au-delà du projet, c’est une rupture qui se dessine.

Car la véritable question n’est pas énergétique. Elle est économique, et surtout politique. Une économie qui exporte ses matières premières et importe les produits finis transfère sa richesse à d’autres. Elle renonce, de fait, à une part de sa souveraineté. Les grandes nations pétrolières ont fait un choix différent. La Norvège a construit une chaîne de valeur intégrée. Les Émirats arabes unis ont fait du raffinage et de la pétrochimie un levier de puissance. Le Cameroun s’engage désormais sur cette voie.

Aujourd’hui encore, l’Afrique subsaharienne importe la majorité de ses produits pétroliers, malgré ses ressources. Cette dépendance se traduit par une fuite massive de valeur, estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars chaque année. Le raffinage permet de renverser cette dynamique. Il permet de retenir la richesse, de structurer une industrie, de créer des emplois et de stabiliser l’économie sur une base productive.

Mais au fond, l’enjeu est plus profond. Il est dans le modèle de développement. Le Cameroun ne construit pas seulement une infrastructure. Il construit une vision. Une économie où les ressources naturelles ne sont plus une finalité, mais le point de départ d’un système industriel. La question n’est donc plus de savoir si le Cameroun peut raffiner. La véritable question est de savoir à quelle vitesse il choisit de le faire. Car en économie, les transformations durables naissent toujours de décisions irréversibles.