Dr Fidèle Amadou : « Le droit doit protéger la transparence des marchés publics »

Après avoir soutenu avec succès sa thèse de doctorat en droit des marchés publics à l’Université de Maroua, Dr Fidèle Amadou accorde un entretien au média panafricain Afrique Nouvelle autour des enjeux de sa recherche consacrée aux recours en matière de marchés publics au Cameroun. Entre réformes juridiques, transparence, gouvernance publique et place de la jeunesse dans la production du savoir, le jeune docteur défend une vision du droit tournée vers le développement et la modernisation de l’action publique.

Mai 23, 2026 - 20:17
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Dr Fidèle Amadou : « Le droit doit protéger la transparence des marchés publics »

Vous avez soutenu votre thèse le 8 mai 2026 à l’Université de Maroua. Que représente cette consécration académique pour vous ?

L’obtention de ce doctorat représente bien plus qu’un titre académique. C’est l’aboutissement de plusieurs années d’efforts, de sacrifices et de persévérance. C’est aussi une responsabilité. Je considère désormais que le savoir acquis doit être mis au service du bien commun, notamment à travers la recherche, l’enseignement et la contribution à l’amélioration de nos institutions publiques.

Pourquoi avoir choisi de travailler sur les recours en matière de marchés publics au Cameroun ?

Ce choix est né d’une conviction profonde. Les marchés publics occupent une place stratégique dans le fonctionnement de l’État et dans le développement économique. Pourtant, la question des recours demeure encore insuffisamment explorée dans la doctrine juridique camerounaise. J’ai donc voulu apporter une réflexion rigoureuse sur un sujet d’intérêt général, notamment sur l’effectivité des mécanismes de contrôle et de contestation dans la commande publique.

Quel est précisément le problème que votre thèse cherche à résoudre ?

Mon travail met en lumière les limites du système actuel de recours en matière de marchés publics au Cameroun. Certes, il existe un arsenal juridique relativement fourni, mais sa mise en œuvre souffre encore de nombreuses insuffisances : lenteurs, lacunes procédurales, déficit d’indépendance de certaines instances de régulation. La thèse propose donc des pistes concrètes pour renforcer l’efficacité, la transparence et la sécurité juridique dans ce domaine.

En quoi cette recherche apporte-t-elle une contribution nouvelle au droit camerounais ?

Cette thèse apporte une triple contribution. D’abord sur le plan doctrinal, puisqu’elle constitue l’une des premières études exhaustives consacrées aux recours en matière de marchés publics au Cameroun. Ensuite sur le plan analytique, avec une classification claire des recours précontractuels, contractuels et post-contractuels. Enfin sur le plan prospectif, à travers des recommandations inspirées d’expériences comparées, notamment africaines et françaises, mais adaptées aux réalités camerounaises.

Votre recherche peut-elle avoir un impact concret sur la gouvernance publique ?

Absolument. Les marchés publics représentent un levier majeur de développement économique. En améliorant les mécanismes de recours, on peut renforcer la transparence, limiter les abus et sécuriser davantage les investissements. Mon ambition est que cette recherche puisse servir d’outil d’analyse aussi bien pour les décideurs publics que pour les praticiens du droit et les organes de régulation.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la recherche scientifique au Cameroun ?

Le Cameroun dispose d’un immense potentiel humain. Nos universités forment des jeunes brillants et talentueux. Mais il existe encore plusieurs obstacles structurels : faibles financements, accès difficile aux ressources scientifiques, insuffisante valorisation du chercheur et parfois déconnexion entre la recherche et les besoins de la société. Pourtant, investir dans la recherche revient à investir dans la souveraineté intellectuelle du pays.

Quel message adressez-vous aux jeunes Camerounais qui rêvent de faire un doctorat ?

Je leur dirais d’oser. Le doctorat n’est pas réservé à une élite inaccessible. C’est une aventure exigeante, mais profondément enrichissante. Il faut de la discipline, de la patience et une vraie passion pour son sujet. La jeunesse africaine ne doit pas seulement consommer les savoirs produits ailleurs ; elle doit devenir productrice de connaissances adaptées à ses réalités. Un pays qui investit dans ses jeunes chercheurs construit son avenir.